My Funny Shibari
Kinbaku - Semenawa - Bondage
Je voudrais vous faire partager ici ce magnifique texte écrit par la Gorgone . 
Il image à merveille sa vision personnelle et résume parfaitement les sentiments éprouvés...:

                   " Vouloir définir ce qu'est ou ce que devrait être le Kinbaku revient à essayer de définir ce qu'est ou ce que devrait être l'acte d'amour, ou tout simplement l'acte de communiquer. 
Il n'y a pas de vérité, ou plutôt il y a un infini de vérités. Les cordes ne sont qu'un outil, comme le language est à la parole. 
C'est un échange, une communication qui est en jeu. Yukimura lui, parle de quelque chose de très fort ; "attacher les sentiments" de l'autre, les provoquer, les attirer vers soi. 
Certains contemplent, créent avec les cordes quelque chose dont la modèle n'est plus que le sujet magnifié. Il y a quelque chose de fascinant, d'hypnotisant dans un monologue s'il est bien construit. 
 
I - 
La métaphore la plus représentative de ce qu'est le Kinbaku à mes yeux est celle du mythe du Golem. Dans la kabbale, c’est une matière brute sans forme ni contours. Dans le Talmud, le golem est l’état qui précède la création d’Adam. En tant que modèle j'ai en effet le sentiment d'être de la matière brute, un potentiel émotionnel et graphique qui doit être pétri et sculpté. J’attends de celui auquel je m'en remets de me donner vie et forme, à travers ses sentiments et ses cordes. Que ce soit dans la douceur ou la violence, dans le plaisir ou la souffrance. Les cordes donnent forme à l'informe. 
 
Il y a quelque chose qui revient souvent au sujet du Kinbaku, et qui me parle énormément, c'est le fait de ne plus pouvoir tricher. Lorsqu'on est attaché on ne peut plus mentir. On est tellement vulnérable et puis le corps ne sait pas mentir lorsqu'on lui vole une émotion. 
Dans la légende, pour animer le golem et lui donner vie il est apposé sur son front le mot "EMET(H)"* qui signifie "la Vérité". 
 
II - 
Se représenter devant un public c'est encore autre chose, la notion d'intimité est par définition quasi exclue, même si il existe toujours cette "bulle" dans laquelle évolue le couple attacheur/attaché. 
Attacher c'est une énorme responsabilité mais aussi et surtout une grande satisfaction, celle de s'approprier l'autre. Si on aime se l'approprier on aime naturellement montrer l'autre, "son" autre. 
Et vice-versa, il y a une immense fierté à être exhibé par celui ou celle à qui l'on a choisi d'appartenir. 
Au delà des motivations de l'égo et de l'exhibitionnisme pur, il y a selon moi beaucoup du "complexe du Golem" encore une fois : « Je n’étais qu’un golem et tes Yeux m’ont vu ». (139, 16 - Livre des Psaumes) 
Un public c'est des dizaines, voire des centaines d'yeux. 
 
III - 
Même si c'est une discipline très sensuelle et très instinctive, il y a un cheminement, une maturation, en amont qui est très intellectuelle. 
Ceux qui se focalisent sur les nœuds se trompent, ceux qui se focalisent sur l'émotion brute se trompent aussi je pense. Ce ne peut être ni de la technique pure ni de l'émotion pure. 
Il y a, selon moi, cette mutation qui fait que le mental pervertit le charnel... Et peu de gens ont une "intelligence de la perversion". 
Si on sort de la connotation religieuse et victorienne du mot,"pervertir" littéralement veut dire "détourner". 
 
La perversion, la déviance, je trouve ces concepts très nobles en fait. 
Prendre une idée de base, la détourner, la dévier de son axe originel pour peut être en faire quelque chose de plus complet, de plus personnel, de plus subtil. 

Je l’entends comme une élévation, non pas comme une dégradation. 
Je me sens parfois œuvre. 
Je me sens parfois artiste. 
Je me sens parfois amante. 
 
Certains sculptent, contemplent, créent avec les cordes quelque chose dont je ne suis plus que le sujet magnifié. Je trouve quelque chose de fascinant dans un monologue lorsqu'il est bien construit. 
Alors je me sens Golem. J’ai le sentiment d’être de la matière brute, un potentiel émotionnel et graphique qui doit être pétri et sculpté. 
Que ce soit dans la douceur ou la douleur les cordes donnent forme à l’informe: ''Je n’étais qu’un golem et tes Yeux m’ont vu ''. 
De Toi a Moi, les cordes font le pont. 
 
D'autres, humbles artisans au service de mon corps et de ses possibles, m'offrent un espace d'expression. 
Des cordes à Moi, Tu fais le pont. 
C'est une autre danse, un paradoxe étrange et beau que de mener dans l'abandon. 
Je ne me plies plus a la volonté créatrice, je guide le mouvement créateur. 
 
Avec d'autres encore, les cordes ne sont plus un medium mais deviennent entité a part entière d'un Trio amoureux: Toi, Moi, les cordes. Nous. 
A ce moment la, les distances tombent et le pont avec. 
Nous cessons d’être objets liants ou liés. 
Nous devenons Un et Tout. 
Concret et abstrait. 
 
Je me sens parfois œuvre. 
Je me sens parfois artiste. 
Je me sens parfois amante."  

 La Gorgone ®